Cérémonie du 19 août 2026 (83 ans)
Le camp FTP de Montautre présente quelques particularités. Son organisation militaire ; Son influence sur les 18 groupes satellites des maquis qui vont s’implanter dans le secteur géographique allant du Trois et Demi à l’Est, jusqu’à St Maurice à l’ouest. Son existence du 16 juin 1943 au 19 août 1943, qui précède de deux mois, la dispersion définitive par Félix Chevrier, des enfants juifs accueillis depuis décembre 1939 au château de Chabannes. Bien qu’aucune relation ne semble exister entre ces deux sites, la proximité était réelle grâce à la forêt de Montautre : camp pour les maquisards et dortoir de fortune pour les enfants du château….
Remontons un peu dans le temps. Fin de l’année 1942, des contacts sont pris dans l’Indre avec les agents britanniques du SOE, par des membres du Parti Communiste Camille Labrousse, René Gillet, Marcel Peyrat pour obtenir des armes pour la Résistance dans le secteur de La Souterraine. C’est l’époque où les Britanniques sont encore réticents à envoyer des armes à La Résistance Française. A cette date Montautre n’existe pas. Des réunions ont lieu en cachette, à la sortie de Bridiers (La Souterraine) sur la route de Dun.
Le désaccord porte sur le sabotage envisagé du barrage d’Eguzon. Finalement, il a été convenu que seuls les pylônes à haute tension seraient les cibles des actions de La Résistance…Après l’échec d’un premier parachutage en mars 1943, et une attente d’un mois, un nouveau parachutage est enfin réussi en avril 43 à Poulignat dans la commune de Naillat…..
Depuis le mois de mars la situation de La Résistance locale évolue… Les diverses lois sur la relève, sur le service du travail obligatoire sont impopulaires. Les fermes amies accueillent les réfractaires (jeunes nés en 1920, 21, 22) mais aussi les républicains espagnols convoqués sur le mur de l’Atlantique ; Le préfet de région doit fournir le 4 avril 1943, 400 travailleurs émigrés espagnols dont 60 de La Creuse. Un Comité Militaire Régional créé dans le secteur de La Souterraine avec Charles Samson, un cheminot d’Angers, à sa tête réfléchit alors à la création d’un camp dans les bois. André Cerbelaud, caché au Pommier dans la commune de St Maurice La Souterraine, chez Eugène Pailler et André Coudert, le Commissaire Technique originaire de Folles, proposent alors un lieu dans les bois de Montautre à la limite de La Creuse et de la Haute Vienne. C’est d’abord une simple sape dans le talus pour se mettre à l’abri. Mais l’arrivée progressive de nouveaux réfractaires voit le camp se structurer avec l’installation de cabanes. Ce sont des structures en bois couvertes de branchages. Une bâche au mieux protège de la pluie. Le groupe va se renforcer pour atteindre la soixantaine. Chaque nouvel arrivant se choisit un nom d’emprunt dans une liste qui lui est proposée. Il reçoit aussi un numéro d’affectation. Bien que principalement constitué de Creusois, le camp de Montautre est rejoint par des éléments des autres départements et un petit groupe de Républicains Espagnols. Parmi eux deux hommes d’expérience vont prendre la direction du camp. René Boussin (Roland) originaire de Toulouse, ancien membre des brigades internationales, prend le commandement du camp. Vidal Dejuana Baldazo (Miguel Lopez) ancien lieutenant de l’armée républicaine espagnole s’occupe de la formation militaire (montage des armes, conduite des embuscades….)
Le ravitaillement du camp est assuré par les légaux déjà structurés en triangle. Ceux-ci, tout en continuant à assurer la diffusion des tracts, transportent la nuit du ravitaillement jusqu’aux points de rendez-vous, notamment « la font de la couade » près de Semme dans la commune de St Priest la Feuille… Au camp la vie est ponctuée par des tâches définies par les responsables : tours de garde, entraînements divers et missions de nuit : récupération des nouveaux arrivants, du ravitaillement, des fournitures pour équiper les cabanes….
Dès la fin du mois de juin les premières actions vont échouer. Il s’agit du vol dans les mairies des tickets de rationnement prévus pour les achats des familles. Plusieurs mairies seront visitées sans succès : St Pierre de Fursac, St Etienne de Fursac, St Priest la Feuille…A cela Eugène Odru le jeune instituteur Niçois évadé du camp de st Paul D’Eyjault, très réaliste, convient que ces actions nocturnes heurtent la réticence des instituteurs chargés d’assurer le secrétariat des mairies et la distribution des tickets de rationnement à la population...
Mais, très vite de nouvelles priorités sont définies avec le slogan « Aucune réquisition pour l’Allemagne ». Les objectifs sont alors définis : retarder le battage des céréales, empêcher le départ des fourrages, empêcher les trains de marchandises de remonter vers le nord… Ce seront autant d’actions qui vont petit à petit permettre à la police de Vichy de localiser les auteurs de ces actions. Si bien qu’une ultime action contre les collaborateurs notoires de La Souterraine dans la nuit du 17 au 18 août 1943 va sans doute être à l’origine de l’attaque du camp. Trois explosions ont retenti cette nuit là à La Souterraine. Le lendemain, 18 août, une voiture de police s’aventure à proximité du camp et ne répond pas aux sommations des gardes. René Boussin décide de tirer en direction des intrus et les oblige à faire demi-tour.
L’attaque a lieu la nuit suivante, le 19 août à 5 heures du matin par les forces de police constituées des éléments suivants :
8e escadron GMR de Montmorillon.
5e régiment de La Garde de Guéret.
2e escadron GMR d’Argenton.
Une compagnie de gendarmes de Bellac.
La 1re attaque est repoussée surtout en raison de la brume épaisse et de la blessure de deux hommes des forces de police qui sont acheminés vers Limoges pour y être soignés. Finalement constatant son infériorité en hommes et en armement, René Boussin décide d’évacuer le camp et réussit une sortie vers le village de Chabannette avec une quarantaine d’hommes. A 8 heures le camp est anéanti et la Police procède à l’arrestation de 6 hommes et de deux femmes. Les maquisards arrêtés seront conduits à Guéret pour y être interrogés puis à Limoges pour y être jugés et condamnés à des peines de 5 à 7 ans de prison. Dirigés vers le centre de détention d’Eysses à Villeneuve/Lot, jusqu’à la révolte des prisonniers en février 1944, ils seront ensuite envoyés à Dachau jusqu’à la fin de la guerre. Malheureusement Sanchez Garcia (19 ans) y est décédé de même que Guillermo Alegria (38 ans) et Camille Guillot (23 ans).
Quant aux deux jeunes femmes, considérées comme ravitailleuses, elles seront condamnées à 3 mois de prison.
Sans doute que les interrogatoires de Guéret ont aussi permis d’identifier Dejuana Baldazo Vidal qui a défendu bravement le camp et couvert le départ de ses camarades avec le seul fusil mitrailleur du camp. Ce dernier fera l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par le juge d’instruction de Limoges le 23 août 1943. Il fut condamné par contumace en octobre 1943 à 15 ans de prison pour « association de malfaiteurs, de tentative de meurtre et menées terroristes ».
Divers rapports de la préfecture datés des mois d’août et septembre 1943 ont eu pour objet d’analyser la situation dans la Région de La Souterraine. Les attentats y sont répertoriés (trains déraillés, batteuses sabotées, presse à foin détruite..) ; Les recherches de terroristes avec actions de police y sont détaillées (19 août à Montautre, 26 août au camp des Gandys à St Agnant, 2 septembre à l’hôtel Mathé à La Souterraine..) ; La traque des communistes soupçonnés d’avoir facilité et aidé les auteurs de ces actions est l’objectif majeur de la police de Vichy (13 octobre, arrestations de Brulé Désiré, Coulon Auguste, Labrousse Albert, Parrotin Elie, Taupin Léon..).
Nous honorons aujourd’hui la mémoire du camp FTP de Montautre. L’histoire de ce maquis FTP débutée ici avec les déraillements spectaculaires du mois d’août 43, va se continuer dans les nouveaux camps où ont essaimé les maquisards de Montautre. Sur la stèle qui fut inaugurée en juillet 1993 ne figurait pas le nom de Guillermo Alegria. En effet son décès à Dachau le 21 janvier 1945 a été constaté par Tiphaine Catalan lors de ses recherches pour sa thèse « Les Républicains Espagnols et La Résistance en Limousin ». Cet oubli a été corrigé seulement en 2024. Aujourd’hui c’est chose faite. Le nom de Joaquin Alegria Guillermo figure auprès de ceux de : Alberto Sanchez Garcia et de : Camille Guillot.
A cet hommage je dois associer ceux de Montautre qui en poursuivant le combat de La Résistance y laissèrent également leur vie.
Roger Gerbaud fusillé à la prison de Limoges le 23 juin 1944.
Dejuana Baldazo Vidal fusillé à la prison de Limoges le 19 mai 1944.
Daguet Lucien arrêté en Corrèze déporté et DCD à Ebensee.
Auguste Coulon, le maire communiste de St Priest la feuille décédé à Buchenwald.
Discours de Mr VAUGELADE RAOUL



